Best of en Andalousie, au coeur de rencontres riches en émotions 24/01/2010
Écrit par Best of Verviers   
Lundi, 25 Janvier 2010 19:59

Une silhouette semble se détacher là-bas tout au bout, au loin sur cette route rectiligne qui n’en finit pas.

Ce voyage à travers l’Andalousie entre Malaga et Granada nous enchante car depuis le matin, nous avons déjà pu admirer des paysages magnifiques, très différents les uns des autres dont certains à couper le souffle.

On approche du but.

Les paysages érodés de Guadix font maintenant place  à un haut plateau qui est proche des mille mètres d’altitude.

Plateau battu par le vent !

 

 

Silhouette
Cette silhouette au loin, est-elle celle d’un arbre, d’un poteau ? Celle de Charly ?

La voiture dans laquelle ont pris place nos amis, Jean Brasseur le journaliste du journal Le Jour, celui qui est à l’origine de cette folle aventure et Nathalie Bléser, notre chroniqueuse « Lettres de nos tchèts volants » qui accueillera prochainement Charly pour une conférence à l’université de Grenade essayent de distinguer ce ou celui qui se tient droit comme un i, là tout au bout de la route.

La silhouette semble  se mouvoir. Il s’agit d’une personne. Mais qui pourrait bien fouler le bitume de cette route, seul, dans cette contrée perdue, ici au beau milieu  de nulle part entre La Puebla de Don Fadrique et Huescar ?
Un ciel parsemé de quelques nuages et un soleil intermittent qui ondoie sur cette longue ligne droite  balayée par un léger vent du nord . Malgré le soleil, la température extérieure ne dépasse pas les 7 à 8 degrés. On s’approche. Ce doit être lui. Une fébrilité s’empare de nous. Comme le pêcheur qui lance sa ligne en espérant attraper une jolie prise, nous lançons quelques appels de phare à celui que nous croyons être Charly, mais impossible d’en avoir déjà la certitude.
Puis soudain, la silhouette lève le bras et nous répond. C’est lui,… c’est Charly !

Le monde moderne ne connaît plus la lenteur.
GSM et internet peuvent nous indiquer à la minute même tous les moindres faits et gestes de quelqu’un qui se trouve à l’autre bout du monde. C’est le progrès paraît-il !
Chaussés de nos bottes de sept lieues, nous avons volé de  villes en villes.
De Charleroi à Malaga, soit plus de 2000 kilomètres, il ne nous a fallu que 2h30 de vol pour parcourir cette distance. Ensuite, nous avons parcouru un trajet d’une bonne centaine de kilomètres jusque Grenade pour emmener Nathalie dans nos bagages, sans oublier les 150 derniers au volant de notre petite Polo noire.

 


Au final : Quelques paires d’heures seulement ! C’est le temps qu’il nous aura fallu pour rattraper celui qui, depuis 3 mois presque jour pour jour, chemine au quotidien avec son chien.
La marche reste un moyen de déplacement qui ne connaît pas la vitesse. Pour nous, ce contraste entre nos deux réalités, entre ces modes de déplacement si différents est saisissant.

Rencontre
Nous ne nous sommes jamais vus sauf Jean qui a rencontré Charly au Mont Rigi, peu après son départ. Cependant, nous avons été régulièrement en relation via le GSM. Qu’allons-nous nous dire ?

Nous arrêtons notre voiture comme nous pouvons sur cet étroit bas-côté pour ensuite, sortir de la voiture, plus vite que le vent et manifester notre joie. Celle de se rencontrer et de pouvoir enfin communiquer autrement que par téléphone.

 

Skoffiels, le chien de Charly, est à la fête aussi. Nathalie adore les animaux. Va chercher le bois, mon chien…. Courses folles dans le champ. Photos, partages, distribution de victuailles et d’eau (Charly n’a plus d’eau et a soif), jeux avec le chien, rires… Un instant d’éternité !
Rapidement, après ce moment d’intenses émotions, chacun de nous trois rajoute une épaisseur à ses vêtements, la seule chemise ne suffit plus à nous réchauffer. Derrière les fenêtres de la voiture, il paraissait faire nettement plus chaud.
Soyons pratiques ! Rien ne sert de se refroidir inutilement. Nous décidons que Jean et Nathalie vont reprendre la voiture et se mettre à la recherche d’un petit restaurant mais surtout d’un logement pour la nuit pendant que je vais accompagner Charly et Skoff à travers champs et collines jusqu’à Huescar, la bourgade  la plus proche.


Durant 5 kilomètres d’une marche qui a passé trop vite, nous avons échangé, effectué des séances photos et de petites vidéos que vous pourrez découvrir au fil des jours sur Best of. Plusieurs reportages se trouveront conjointement  dans le journal Le Jour et sur notre site dans les prochains jours. Nous vous présenterons tous des articles différents mais qui racontent une histoire. Une belle histoire au cœur de plusieurs rencontres.

Repas et logement

Déjà le village. Nous avons avalé les kilomètres.  Trouver un resto « chien admis » reste toujours difficile en Espagne. Nous le constaterons de visu car sur la porte des bars, il est souvent écrit « Perros no ».
Celui que nous ont déniché Jean et Nathalie va permettre à Charly et Skoff de reprendre des forces. C’est la fête ! De plus, il y a un mariage. Si ces gens savaient d’où vient ce grand athlète aux yeux d’un bleu lumineux, à la peau burinée par le soleil ?
Ils ne sauront jamais !

Attablés dans un petit coin du restaurant, Charly découvre l’article de 2 pages qui lui est consacré le vendredi 22 janvier dans le journal Le Jour. On le sent touché, intensément, mais peu d’émotions transparaissent encore. On se dit que Charly semble heureux.

 

Nous lui posons de multiples questions parfois tous en même temps. Charly reste calme et répond posément à chacune de nos questions. Les mots sortent petit à petit de sa bouche, parcimonieux et sage dans ses propos !  « Ce que je fais, tout le monde peut le faire », nous répètera-t-il souvent durant le week-end. Je ne suis pas un héros et pourtant…
A la vue de l’article du journal et des explications données par Nathalie, notre interprète de charme, le patron vient le féliciter. Les photos, Charly n’aime pas trop ça ! Bien qu’un peu crispé, il prend cependant la pose pour chacun de nous.
Nathalie lui donne quelques conseils judicieux. Ses paroles et ses gestes sont bien ceux des gens du sud. Nathalie dégage une énergie positive et une force peu commune. Son débit de mots à la minute, nous laisse pantois. Quelle énergie. Même si elle est originaire de Verviers, nous la découvrons encore plus andalouse, ici dans ce pays d’ouverture et de culture qui l’a si bien accueilli. Anecdotes de voyages, souvenirs,… Charly nous ouvre petit à petit son cœur de marcheur et d’homme.  Remettez-en une :  "una cerveza" !

A la sortie du restaurant, bien repus, c’est Jean qui prend son bâton de pèlerin pour accompagner Charly en direction du village et de la Casa Cueva. Surprise !
Le logement que nous ont trouvé Nathalie et Jean est tout simplement surprenant. Mais où allons-nous ? Dans une habitation troglodyte.
Ces habitations creusées dans la roche ressemblent à des grottes. Dans cette région et jusqu’à Grenade, elles sont courantes.
L’avantage de tels lieux de vie réside dans le fait que la température y est constante à l’intérieur, qu’il fasse zéro ou 45 degrés à l’extérieur.

Karin et Chris
Deux Flamands joviaux et chaleureux, Karin et Chris sont les responsables de ce logement rural nouvellement aménagé, il y a deux ans seulement.
La vaste cour devant les appartements et la vue sur le village de Huescar sont tout simplement magnifiques. On vit un rêve éveillé.
La grille barrant l’accès d’entrée est gardée par deux jeunes mais déjà grands chiens noirs : Mambo et Kapi. Impressionnants !
Ils tiennent un peu du dogue allemand, ont à peine neuf mois, sont très joueurs. Tous deux sont des mâles, comme Skoff mais ils sont castrés. « Ils sont très gentils » nous disent tout sourire, Karin et Chris.
Sous le regard de Charly, Skoff leur fait face, puis la grille s’ouvre. Les chiens font connaissance et bien que je ne m’y connaisse pas du tout, Skoff semble ravi, les deux autres aussi.
Nous poussons secrètement un petit « Ouf ! » de soulagement.

Les chiens s’entendent déjà formidablement bien et l’accueil dans ce lieu assez magique est tout simplement génial. On se parle tous en français, en espagnol pour Nathalie, Karin et Chris sans oublier quelques échanges en néerlandais.


« Skoff s’est fait deux nouveaux amis » nous dit Karine tout sourire. Sous l’œil amusé de son maître, il démontre une dextérité extraordinaire pour aller rechercher  un morceau de bois lancé au hasard dans la cour. Aussi vite, il le ramène plus rapidement que ses deux compagnons à une Karin amusée. Il joue le rôle de grand frère pour Mambo et Kapi qui ne connaissent pas encore ce petit jeu de vitesse.

Pour notre part, nous nous installons. Charly et Skoff dans la chambre avec jacuzzi, Nathalie dans l’appartement du milieu, Jean et moi dans la troisième. Rendez-vous est pris après la balade vers le village pour un apéritif au coin du feu dans la grotte des propriétaires.
Départ à pied pour une visite du village.

Charly part en polo pendant que Karin lui lave tout son linge. Téméraire, le garçon, car il fait froid. « Mais comment fait-il pour résister au froid ? », nous demande Nathalie. C’est vrai qu’il est entraîné puisqu’il a dormi de nombreuses nuits dehors depuis son départ. Ce garçon nous impressionne par son moral à toute épreuve !



Apéritif et bar à tapas
De retour et quelque peu transis par ce froid piquant, nous sommes heureux d’accepter l’invitation de nos amis du nord, ou plutôt du sud pourrait-on dire.
« Une bonne bière belge, les amis ? », nous lance Chris.
Duvel, Rioja Crianza,  saucisson, olives,… Nous partageons nos émotions, nos expériences de vie, nos photos. Les verres se vident mais se remplissent aussi vite. Charly, au cœur de nos intérêts, se trouve de plus en plus à l’aise avec nous tous. Il nous raconte son vécu et son sourire en dit long sur sa joie de se retrouver au chaud, entouré d’une joyeuse compagnie avec qui il peut parler… en français, rire, boire, se détendre,...

 

Les bouteilles et les plats sont vides. Il est déjà plus de 21 heures. A vrai dire, j’avais complètement oublié que le restaurant nous attendait. Le repas du soir, c’est aussi l’affaire des chiens. Un vrai spectacle ! Voici que Mambo et Kapi qui ont vidé leur écuelle en moins de trente secondes se ruent sur celle de Skoff qui prend bien son temps.
Il connaît la valeur des choses, lui. Il faut l’intervention rapide des maîtres pour écarter ces prédateurs de croquettes.
Repus, ils vont rester tous les trois à garder les lieux pendant que nous irons à la rencontre de la cuisine andalouse. On les sent joueurs ! Ils courent déjà partout et partagent leur joie de chien de se retrouver en petite meute.

Quant à nous, en voiture, direction le bar à tapas du village. C’est Chris qui nous conduit dans son monospace. C’est plus sûr !

Plus le temps passe et plus nous avons l’impression de nous connaître depuis longtemps alors qu’il y a quelques heures à peine, nous ignorions tout de ce couple belge habitant aujourd’hui Huescar. Durant le trajet, Jean me glisse discrètement qu’il est content d’avoir trouvé un si bel endroit avec des propriétaires sympathiques et si chaleureux.
Nous poussons la porte d’un petit bar typique.
Tapas, vino tinto, rires, nouveaux échanges et puis l’incroyable qui survient.

L’idée !
Avec Jean, à aucun moment de cette première partie du voyage, nous n’avons cessé de penser aux mises en garde et dangers potentiels qui pourraient attendre Skoff et Charly dès leur arrivée au Maroc : meutes de chiens sauvages, rage, période de quarantaine, culture du chien différente chez les Marocains qui en général ont peur des chiens, nourriture et eau à trouver en suffisance,…. Mais encore…
Charly nous a raconté ces faits incroyables de chiens rapatriés à Zaventem qui ont été piqués à leur arrivée. Ou, comment s’imaginer une séparation de notre duo qui reviendrait à placer Skoff dans un chenil alors qu’il a vécu plus de 120 jours en liberté et harmonie avec son maître. Ou, est-il raisonnable d’imaginer de faire descendre quelqu’un en voiture jusqu’au sud de l’Espagne rien que pour remonter Skoff ?
Dès lors, pourquoi ne pas changer de destination si le risque est trop grand pour le chien ?  
Le problème est complexe ! Que faire ? Que conseiller ? Charly prendra la meilleure décision mais, nous le sentons hésitant. Que va-t-il faire ?

 


Simplement la seule chose à laquelle nous n’avions pas pensé.
Retrouvez la vidéo, en direct du fin fond de l’Espagne dans un petit bar à tapas, cet instant incroyable qui va tous nous soulager d’un poids émotionnel important. Jean est vraiment heureux. Nathalie trouve cette solution idéale. Charly écoute et n’en croit pas ses oreilles. Pourquoi ?

Karin et Chris viennent de proposer au milieu du repas, en toute simplicité, que Skoff reste chez eux avec ses deux copains durant le temps que Charly marchera au Maroc, soit une bonne quinzaine de jours.
Il viendra ensuite le rechercher chez Karin et Chris avant de remonter chez nous en Belgique par le meilleur moyen de locomotion possible. Des pistes existent déjà !

 

 


Pour avoir vécu ce week-end chez nos amis flamands-andalous, nous sommes totalement convaincus que cette offre généreuse de personnes qui adorent les chiens ne pouvait venir que de la providence. Jean, l’initiateur et organisateur de ce voyage, sensible à ce projet et à qui nous avons adjoint le feeling et l’esprit d’initiative de Nathalie sont soulagés et heureux à la fois tant pour Skoff qui va pouvoir éduquer ses jeunes compagnons que pour Charly qui marchera l’esprit serein car il sait déjà que son chien coulera à Huescar des jours heureux.


En pratique

Karin et Chris viendront chercher Skoff à l’embarquement de Charly à Algésiras vers la mi-février après avoir narré aux étudiants en langue de Nathalie, ce projet de cœur dont tous les profits vont à deux jeunes de chez nous.

 

 

L'affiche de la "Rencontre - conférence" de Charly avec les étudiants de l'université de Grenade



Le cœur dans les étoiles
Pour notre part, le voyage se termine. C’est dans l’avion sur le chemin du retour que je vous écris ce petit journal de bord. On se dit, que l’on peut revenir chez nous le cœur heureux d’avoir vécu à la fois des rencontres intenses et des moments forts comme la vie seule peut nous en réserver.

Nos marcheurs sont repartis du bon pied, le moral au zénith et nous, la tête encore plus proche des étoiles à plus de 10 000 mètres d’altitude.


A toi Charly, homme simple et généreux, à ton chien Skoffiels  heureux et épris de liberté, merci pour ces moments partagés. Bonne suite de parcours à vous. D’autres articles et vidéos bientôt sur notre site.

Christophe

 

 

Lien vers des nouvelles quotidiennes du périple de Charly sur la page Facebook, très bien actualisée par Thierry Grignard du site Verviers-photos 

 

 

Mise à jour le Mardi, 26 Janvier 2010 18:23