Récollets, capucins et carmes à Verviers avant la Révolution française
Écrit par Jacques Wynants   
Samedi, 24 Septembre 2011 06:45

Une récente chronique de Jean Nizet, très intéressante et bien illustrée, m’a donné envie de revenir sur les congrégations religieuses masculines établies à Verviers avant la Révolution Française.
Une autre fois, il faudra évoquer l’installation et la vie des Frères des Ecoles Chrétiennes et des Jésuites, au 19e siècle.
Il faudra aussi, un jour, souligner toute l’importance des congrégations féminines à Verviers, avant et après le Régime français.
Enfin,  j’aimerais, un iour, montrer combien la place du Martyr est le lieu symbolique de tous les combats idéologiques au 19e siècle, avec l’église des Récollets et la statue de Chapuis.
Et on pourrait aussi demander à Freddy Joris de nous raconter l’histoire de ce qui est de venu l’athénée royal Thill Lorrain, Verviers.
Mais commençons par le début.


 


Le 16e siècle est celui de la Réforme protestante.

L’Eglise catholique, en beaucoup d’endroits, vacille sur ses bases.
Au milieu du siècle, elle lancera une Contre-Réforme initiée par le Concile de Trente.
Dans ce sillage niassent  ou se répandent des ordres religieux chargés d’une reconquête catholique.

A Verviers, les Récollets, branche de la famille franciscaine, déjà implantés ailleurs en Wallonie, sont autorisés à s’installer  en 1627. Ils construisent un couvent , terminé en 1634, puis une chapelle inaugurée quelques années plus tard.

C’est l’ancêtre de notre église Notre-Dame.
On connaît assez l’histoire de la Vierge Noire et du tremblement de terre de 1692.

 

En 1700, le succès populaire de ce lieu de culte amène à y adjoindre deux nouvelles travées qui s’appuient sur l’ancienne façade.

Incendie en 1810, restauration de la chapelle de la Vierge  en 1859, construction en 1892-1893 du clocher actuel…

Dessin d'Armand Weber, copyright Musées communaux de Verviers


Les Récollets à Verviers, c’est un important couvent, une communauté active dans la lutte contre le protestantisme et un collège Saint-Bonaventure, seule école secondaire verviétoise sous l’Ancien Régime, pour les seuls garçons, évidemment. Il y aurait beaucoup à dire à son sujet. Son influence fut considérable.

 


Les Carmes (pas les Carmélites qui sont leur pendant féminin) s’installent à Verviers en 1683. Leur église est achevée en 1722. Plusieurs panneaux sculptés par des carmes et qui avaient orné leur sanctuaire ont été heureusement sauvés et ornent les parois de la chapelle de semaine de l’actuelle église Saint-Joseph.
L’église des Carmes, désaffectée lors de la Révolution française, servit ensuite de chapelle annexe à St-Remacle et un vicaire y disait une messe dominicale.
En 1842, ce sanctuaire devint l’église de la nouvelle paroisse Saint-Joseph. De 1913 à 1917, on éleva un nouveau chœur et un nouveau transept, juxtaposés aux restes de l’ancien édifice. De 1937 à 1939, le nef termina le nouvel ouvrage et il ne resta plus rien de l’ancienne église des Carmes.
La suite, on la connaît. Démolition pour insécurité, arrivée fort à point quand le palais de justice devait s’étendre, remplacement par un édifice plus fonctionnel mais moins poétique sans doute.

 

 

Les Capucins arrivèrent à Verviers en 1685 dans un bâtiment de Sécheval qui avait précédemment hébergé les Carmes avant l’édification de leur maison. En 1690, le chœur de l’église des Capucins est achevé. Incendie en 1732, Révolution française et confiscation des biens du clergé…L’ancien couvent fut transformé en manufacture et disparut dans un incendie (un de plus !) en 1904.
Ce couvent se situait aux environs de l’actuel garage Kalscheuer, au bout de la place Sommeleville et au début de la rue de Limbourg.

Il faut savoir que les autorités communales de l’Ancien Régime n’étaient pas favorables à l’installation de couvents à l’intérieur de l’enceinte des villes. Ces couvents bloquaient trop de terrains rendus ainsi non productifs pour la collectivité.
Parfois, on exigeait d’eux, en contre-partie, une prestation de service public, comme par exemple le service des pompiers. Ce ne fut pas le cas à Verviers, me semble-t-il.

Ainsi donc, trois ordres religieux masculins ont coexisté à Verviers pendant plus d’un siècle, non sans petites concurrences mesquines, mais avec bien des effets heureux pour la population… et pour notre patrimoine.

Jacques WYNANTS et SVAH, 2011

 

Mise à jour le Samedi, 01 Octobre 2011 07:58